Noël à la prison de la Santé
Distribution de colis-cadeaux avec des représentants de plusieurs associations catholiques.
Témoignage de Virginie, Noël 2024 :
"C’était un mardi après-midi de décembre. Une semaine pile avant Noël. Nous nous sommes retrouvées dans cette rue longue et déserte, devant cette grande porte blindée et ce mur si haut qu’il en donne le tournis. Toutes les 6. Sans se connaître. Sans savoir qu’à la fin de cet après-midi, nous serions liées par une action commune et fraternelle qui nous marquerait longtemps. Les présentations faites, et l’attente de l’autorisation d’entrée passée, nous passons les portiques, troquons nos pièces d’identité contre des badges, déposons nos téléphones… On ne réalise pas que derrière chacune de ces portes qui longent cet interminable couloir à étages, vivent plusieurs centaines d’hommes ayant commis des crimes, des délits, des infractions en tous genres.
Pourtant aujourd’hui, il n’est pas question de délinquance et de criminalité. Aujourd’hui, nous venons rencontrer certains de ces hommes pour leur distribuer des colis de Noël préparés par les bénévoles de nos associations.
230 d’entre eux n’ont ni famille, ni ressource. Jamais une seule visite, jamais aucune possibilité de s’acheter quelque chose qui ne soit pas donné par la prison… Nous aurons un peu plus d’une trentaine de colis à distribuer. Les autres seront donnés par les surveillants.
On nous explique que cette année, nous circulerons seules dans les couloirs. Personne ne nous accompagnera. On nous remet la liste des personnes que nous allons rencontrer ainsi que leur numéro de cellule. L’une des bénévoles du Secours Catholique connait bien les quartiers et sait où chacun se trouve. Elle m’expliquera plus tard qu’elle est écrivain public au sein de la prison.
Nous voilà arrivées devant les premières cellules. Un gardien ouvre la porte. Le jeune homme derrière la porte semble ne pas très bien parler français. L’une des bénévoles lui tend un colis et lui explique qui nous sommes, lui souhaite un joyeux Noël et lui dit que nous penserons bien à lui pendant les fêtes. Il semble très timide, se confond en mercis et la porte se referme. C’est rapide mais très touchant…
Les rencontres étaient brèves, je mentirais si je disais que je me souvenais de chaque visage, de chaque prénom. Une m’a marquée particulièrement cette année. Cet homme, français, d’une soixantaine d’année, mangeant debout dans sa gamelle près de la fenêtre au fond de sa cellule. Il aurait pu être mon père, mon oncle. Qu’avait-il fait pour être ici ? Évidemment, cette question m’a traversée l’esprit. Mettre cela de côté demande un réel travail sur soi. J’ai tenté de le faire, en repensant simplement à la prière du Notre-Père « Pardonne nous aujourd’hui comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » et ce que j’ai vu alors, à quelques jours de Noël, c’était un homme seul et triste, très touché de recevoir ce colis, probablement la seule attention à son égard en cette période de fêtes. Ce n’est pas moi qui lui ai distribué le colis, mais c’est cette rencontre qui m’a le plus bouleversée.
A la fin de notre distribution, nous longeons les couloirs, récupérons nos cartes d’identité, téléphones. Devant la porte de la prison, nous nous séparons sans savoir si nous nous reverrons un jour, mais très émues d’avoir partagé ensemble ce beau moment de fraternité. »