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Vicariat pour la Solidarité
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L’histoire d’Ali
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Extrait du bulletin de "Justice à Paris" - octobre 2005
Dans le 20e arrondissement, quelques jours
avant Noël, dans un endroit tout à fait passager :
place Martin Nadaud, sur un trottoir longeant
un square en réfection, une cabine téléphonique
était occupée.
Les décorations de Noël fleurissaient : sur la
grille du chantier, sur le réverbère face à la cabine,
dans la cabine. Sur le trottoir : une crèche,
des « Joyeux Noël » et dans la cabine, près du téléphone,
des mandarines, des gâteaux et autres
douceurs données par les gens du quartier.
Le squatter ? Un homme jeune, agréable,
sympathique.
S’il est habituel de voir s’installer 50 mètres
plus loin, dans l’entrée d’une librairie,
des « clochards », le
soir après la fermeture,
il est moins habituel
de voir une cabine
téléphonique
squattée… Alors, on
s’arrête devant la cabine
décorée, pas
devant la librairie fermée.
Et les passants
qui ne parlent pas Ã
un « clochard », parlent
à l’occupant de
la cabine.
Je suis allé voir cet
homme à un moment
où il était seul. Le premier contact a été méfiant.
Je lui ai dit, qu’habitant du quartier, je voulais
simplement le saluer. Il s’est décontracté : « Vous
n’êtes pas flic et vous ne cherchez pas à me
faire partir… ».
Et j’ai appris qu’Ali a 33 ans. Il est fils de harki,
vient de Marseille. Il est à la rue depuis 4 ans.
Comment l’aider ? « Ne me donnez pas
d’argent. J’ai gagné 50 ¤ la semaine dernière
en faisant un déménagement » (sans doute au
« noir »). « Ne me donnez pas des adresses que
je connais déjà ». Ali accepte de la nourriture,
et il en a. Mais ce dont il a le plus besoin, c’est
de parler, parler, se dire : qui il est, d’où il vient,
d’être reconnu comme quelqu’un, de retrouver
une dignité.
De ses conditions de vie, il ne parle pas beaucoup
: Il arrive à se nourrir et est « habitué »Ã la
rue. Ce qui lui manque ? « Il y a des restos du
coeur. Il faudrait des toilettes du coeur, pour ne
plus aller sur les chantiers ou dans la rue ».
Et beaucoup de gens s’arrêtent. D’autres passent.
Quelqu’un qui est déjà venu chez moi, que
je connais bien, me voit avec Ali et détourne la
tête. Ce sont les plus jeunes qui s’arrêtent le
plus souvent et parlent avec Ali.
Ali a squatté 5 ou 6 jours, jusqu’à l’avant-veille
de Noël, et a disparu.
Ses couvertures déposées en vrac sur le trottoir
ont été ramassées par les éboueurs. La cabine
est redevenue utilisable, tout est rentré dans
l’ordre.
Mais des petites affiches ont fleuri sur les vitres
intérieures de la
cabine : « Savezvous
où est Ali ? » -
« Si vous avez des
nouvelles d’Ali, ditesle
moi » (suivi d’un
numéro de téléphone).
« Ali, si tu reviens,
préviens
moi » (suivi d’un prénom).
Ali n’est pas revenu.
Il est aux
abonnés absents…
Mais il a exprimé sa
misère de telle manière que des passants ont
été alertés, se sont arrêtés, ont parlé, avec lui,
et entre eux, ont été motivés pour l’aider, ce qu’ils
n’auraient pas fait avec les S.D.F. de la librairie,
50 mètres plus loin.
Peut-être, Ali a-t-il contribué, sans le savoir,
sans le vouloir, surtout dans les jours précédant
Noël, à une prise de conscience, furtive peutêtre,
mais importante, que la misère existe,
qu’elle est à côté de nous, qu’elle nous concerne,
qu’elle peut nous atteindre, atteindre nos proches
et qu’on ne peut rester indifférent. Et peutêtre
même…qu’il faut faire quelque chose !
Merci, Ali.
Et là où tu te trouves, prends la main de celui
qui te la tendra. Celui-là t’aidera, mais toi, tu
l’aideras tellement plus encore.
Guy Couteau
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