31 juillet | S. Ignace de Loyola, prêtre

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Jean-Paul II - Discours à la commission biblique pontificale (11 avril 1997) DC n° 2159, 406-407.

1. Monsieur le Cardinal, je vous remercie de tout cœur des sentiments que vous avez voulu me manifester en me présentant la Commission biblique pontificale, au début de son mandat. Je salue cordialement les membres anciens et nouveaux de la Commission qui sont présents à cette audience. Je salue les « anciens » avec une vive gratitude pour la tâche qu’ils ont accomplie, et les « nouveaux » avec une joie particulière, suscitée par l’espérance. Je suis heureux que cette occasion me permette de vous rencontrer tous personnellement et de redire à chacun combien j’apprécie la générosité avec laquelle vous mettez votre compétence d’exégètes au service de la Parole de Dieu et du Magistère de l’Église.
Le thème que vous avez commencé à étudier au cours de votre actuelle session plénière est d’une énorme importance : il s’agit en effet d’un thème fondamental pour la compréhension correcte du mystère du Christ et de l’identité chrétienne. Je voudrais tout d’abord souligner cette utilité que nous pourrions appeler ad intra. Elle se reflète par ailleurs immanquablement dans une utilité pour ainsi dire ad extra, puisque la conscience de l’identité propre détermine la nature des relations avec les autres personnes. Dans le cas présent, elle détermine la nature des relations entre chrétiens et juifs.
2. Dès le IIe siècle après le Christ, l’Église s’est trouvée devant la tentation de séparer complètement le Nouveau Testament de l’Ancien et de les opposer l’un à l’autre, en leur attribuant deux origines différentes. Selon Marcion, l’Ancien Testament venait d’un Dieu indigne de ce nom, parce que vengeur et sanguinaire, tandis que le Nouveau Testament révélait le Dieu réconciliateur et généreux. L’Église a repoussé cette erreur avec fermeté, rappelant à tous combien la tendresse de Dieu s’est manifestée déjà dans l’Ancien Testament. Malheureusement, cette même tentation marcionite se représente même à notre époque. Cependant, ce qui se vérifie le plus fréquemment, c’est l’ignorance des profonds rapports qui lient le Nouveau Testament à l’Ancien, ignorance d’où découle chez certains l’impression que les chrétiens n’ont rien en commun avec les juifs. Des siècles de préjugés et d’opposition réciproque ont creusé un profond fossé que l’Église s’efforce désormais de combler, poussée en ce sens par la prise de position du Concile Vatican II. Les nouveaux Lectionnaires liturgiques ont donné davantage d’espace aux textes de l’Ancien Testament et le Catéchisme de l’Église catholique a eu la préoccupation de puiser continuellement dans le trésor des Saintes Écritures.
3. En réalité, on ne peut exprimer pleinement le mystère du Christ sans recourir à l’Ancien Testament. L’identité humaine de Jésus se définit à partir de son lien avec le peuple d’Israël, avec la dynastie de David et la descendance d’Abraham. Et il ne s’agit pas seulement d’une appartenance physique. En prenant part aux célébrations dans la synagogue où étaient lus et commentés les textes de l’Ancien Testament, Jésus prenait aussi humainement conscience de ces textes, il nourrissait son esprit et son cœur de ces textes, s’en servant ensuite dans sa prière et s’en inspirant dans son comportement.
Il est devenu ainsi un authentique fils d’Israël, profondément enraciné dans la longue histoire de son peuple. Quand il a commencé à prêcher et à enseigner, il a puisé abondamment dans le trésor des Écritures, enrichissant ce trésor d’inspirations nouvelles et d’initiatives inattendues. Celles-ci - notons-le - ne visaient pas à abolir l’ancienne révélation, mais, bien au contraire, à l’amener à son accomplissement parfait. L’opposition toujours plus consistante que Jésus a dû affronter jusqu’au Calvaire, a été comprise par lui à la lumière de l’Ancien Testament, qui lui révélait le sort réservé aux prophètes. Il savait aussi, à partir de l’Ancien Testament, que finalement l’amour de Dieu est toujours victorieux.
Priver le Christ de son rapport à l’Ancien Testament, c’est donc le détacher de ses racines et vider son mystère de tout sens. En effet, pour être significative, l’incarnation a eu besoin de s’enraciner dans des siècles de préparation. Autrement, le Christ aurait été comme un météore tombé accidentellement sur la terre et privé de tout lien avec l’histoire des hommes.
4. L’Église a bien compris, dès les origines, l’enracinement de l’incarnation dans l’histoire et, par conséquent, elle a pleinement accueilli l’insertion du Christ dans l’histoire du peuple d’Israël. Elle a vu les Écritures juives comme Parole de Dieu éternellement valable, adressée à elle-même comme aux enfants d’Israël. Il est de toute importance de garder et de renouveler cette conscience ecclésiale des rapports essentiels avec l’Ancien Testament. Je suis certain que vos travaux y contribueront d’une manière excellente et je m’en réjouis dès maintenant , en vous remerciant de tout cœur.
Vous êtes appelés à aider les chrétiens à bien comprendre leur identité. Une identité qui se définit avant tout par la foi au Christ, Fils de Dieu. Mais cette foi est inséparable du rapport à l’Ancien Testament, du moment que c’est une foi dans le Christ « mort pour nos péchés, « selon les Écritures » et « ressuscité... selon les Écritures » (1 Co 15, 3-4). Le chrétien doit savoir que, par son adhésion au Christ, il est devenu « descendance d’Abraham » (Ga 3, 29) et qu’il a été greffé sur le bon olivier (cf. Rm 11, 17. 24), c’est-à-dire inséré dans le peuple d’Israël pour être « participant de la racine et de la lymphe de l’olivier » (Rm 11, 17). S’il possède cette forte conviction, il ne pourra plus accepter que les juifs en tant que juifs soient méprisés ou, pire, maltraités.
5. En disant cela, je ne veux pas ignorer que le Nouveau Testament conserve les traces de claires tensions, qui ont existé entre les communautés chrétiennes primitives et certains groupes de juifs non chrétiens. Saint Paul lui-même atteste, dans ses lettres, que, en tant que juif non chrétien, il avait persécuté férocement l’Église de Dieu (cf. Ga 1, 13 ; 1 Co 15, 9 ; Ph 3, 6). Ces souvenirs douloureux doivent être surmontés dans la charité selon le commandement du Christ. Le travail exégétique doit se préoccuper d’avancer toujours dans cette direction et de contribuer ainsi à diminuer les tensions et à dissiper les malentendus.
A la lumière de tout ceci, le travail que vous avez commencé est grandement important et mérite d’être mené avec soin et engagement. Il comporte, certes, des aspects difficiles et des points délicats mais il est très prometteur. Il est de toute façon riche de grandes espérances. Je souhaite qu’il soit très fécond pour la gloire du Seigneur. Avec ce souhait, je vous assure de mon souvenir constant dans la prière et j’accorde à tous de tout cœur une spéciale Bénédiction apostolique.

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